La participation vantée de Trump en Syrie : une solution fallacieuse aux crises du Liban
Par Akl Awit
Je ne souhaite pas attribuer au président américain Donald Trump les descriptions souvent associées à lui, mais il commettrait une grave erreur—en vérité, un péché impardonnable—s'il croit que la solution au problème des armes du Hezbollah au Liban réside dans l'incitation du président syrien Ahmad Al-Sharaa à revenir au Liban.
Plutôt que d'aider à résoudre la crise libanaise, une telle initiative ne ferait que l'étendre, augmentant le nombre de parties impliquées, multipliant ses dangers, et plongeant à la fois la Syrie et le Liban dans des guerres civiles, sectaires et religieuses sans précédent.
Nous nous souvenons tous des tragédies qui ont suivi l'entrée de l'armée syrienne au Liban, et de ce que le régime syrien malheureux a fait à la vie politique, sociale, économique et humanitaire du Liban. Il a transformé le Liban en un foyer de mort, de fragmentation, de corruption, de terrorisme, de catastrophes et de tragédies.
À l'époque, la Syrie était entièrement sous l'emprise de ce régime baasiste malheureux et oppressif. Le nouveau régime en Syrie aujourd'hui doit être pleinement conscient des problèmes structurels auxquels il est confronté au sein même de la Syrie—avec les habitants de la côte syrienne, les habitants de Jabal al-Arab, ainsi que ses enjeux avec les « vestiges de l'ancien régime », les Kurdes et les milices irakiennes embusquées.
Y a-t-il une quelconque logique à inviter le président syrien à entrer dans le bourbier libanais et à se noyer dans ses marais coagules, stagnants et sanguinaires ?
Le Liban est aujourd'hui accablé par deux grands problèmes : les armes du Hezbollah d'une part, et l'agression et l'occupation israéliennes de certaines parties du sud d'autre part.
C'est déjà une équation très compliquée. Réintroduire la Syrie dans l'équation ne la résout pas ; cela pousse plutôt le Liban vers une phase plus dangereuse, rendant le pays captif d'un triangle de crises imbriquées : Israël au sud, la Syrie à l'est et au nord, et le Hezbollah—avec ses armes et l'influence iranienne derrière—à l'intérieur.
Quelle logique suggère de traiter une intervention extérieure par l'introduction d'une autre ? Quelle sagesse y a-t-il à inviter un nouvel acteur régional sur une scène libanaise déjà encombrée d'interventions et de sphères d'influence contestées ?
Le Liban a payé cher pour émerger de l'ère des tutelles. Les Syriens eux-mêmes ont payé un prix énorme en histoire, en sang et en destin. Comment, alors, le retour en arrière peut-il devenir un plan de résolution ? Comment le retour au bourbier libanais peut-il devenir une prescription de stabilité ?
La suggestion de faire appel à la Syrie pour résoudre le problème des armes du Hezbollah n'est pas une solution à un problème ; c'est plutôt ajouter un nouveau problème aux problèmes existants. Ce n'est pas un chemin de salut, mais un chemin pour reproduire le dilemme libanais avec de nouveaux noms et visages, tandis que le Liban continue d'en payer le prix.
Chaque jour, je suis de plus en plus convaincu qu'il n'y a pas de solution au problème libanais sauf par la neutralisation du Liban de l'extérieur—tout l'extérieur—et de le neutraliser de l'intérieur. Ces deux conditions ne peuvent être efficaces que par une main unificatrice et un consensus parmi les membres du Conseil de sécurité, même si cela nécessite de mettre temporairement le Liban sous tutelle internationale.
Le principe qui devrait régir toute approche sérieuse est de neutraliser le Liban, non de le noyer davantage. Le neutraliser d'Israël aussi bien que de l'Iran, de la Syrie aussi bien que d'autres axes régionaux. Le neutraliser de toute main extérieure cherchant à le transformer en scène, en carte ou en première ligne. Parallèlement, le libérer de toute arme ou influence interne qui rend sa décision nationale otage d'intérêts non libanais.
Ce dont le Liban a besoin, c'est d'un État libanais pleinement souverain, exerçant son autorité sur son territoire, ses frontières et ses décisions. Pas de tutelle israélienne, pas de tutelle syrienne, pas de tutelle iranienne, ni aucune autre forme de tutelle.
Mon conseil au nouveau régime en Syrie est simple : n'entrez pas au Liban. L'entrer aujourd'hui n'est pas un chemin vers l'influence ou la résolution, mais un chemin pour se noyer avec lui dans le même pétrin. Attention !