Le plan de redressement économique du Liban fait face à trois obstacles majeurs, préviennent des sources françaises
Une analyse de haut niveau de sources financières françaises au fait de la situation libanaise offre une vue détaillée du chemin de réforme financière du Liban, concluant que le pays fait actuellement face à trois obstacles successifs, qui doivent tous être surmontés avant que toute reprise économique ne devienne possible.
Premier Obstacle : La Loi sur le Règlement Bancaire
À première vue, cet obstacle peut sembler le plus simple, mais son adoption n'est pas garantie. Cela concerne l'approbation du nouveau projet de loi sur le règlement bancaire, qui a déjà commencé à être discuté au Parlement libanais. La version initiale de cette loi a été approuvée fin juillet 2025, mais le Fonds Monétaire International (FMI) a soulevé des objections significatives, déclenchant des cycles prolongés de révision et de négociation jusqu'à ce que les autorités libanaises et le FMI parviennent finalement à une version plus stable.
Cependant, des sources françaises avertissent que l'adoption de la loi par le Parlement est loin d'être certaine, car plusieurs députés ont exprimé des objections substantielles, notamment concernant la composition de la Commission Bancaire Supérieure, que certains jugent controversée.
L'aspect le plus inquiétant est que l'échec de l'adoption de cette loi enverrait le pire signal possible à la communauté internationale, renforçant la perception que le Liban est incapable de mettre en œuvre des réformes, même limitées.
Deuxième Obstacle : Amendement de la Loi sur le « Gap Financier » et Problèmes de Liquidité :
Cet obstacle est plus complexe tant sur le plan technique que financier. La version actuelle de la loi sur le « Gap Financier » est considérée comme financièrement inapplicable et nécessite des amendements substantiels, que le gouvernement libanais hésite à entreprendre, affirmant qu'il a déjà rempli ses responsabilités. Par conséquent, la responsabilité de ces amendements incombe au Parlement.
D'où viendra l'argent ? Les sources françaises estiment deux principales sources :
• La Banque Centrale du Liban, avec des actifs en devises étrangères d'environ 6 milliards de dollars disponibles pour mobilisation.
• Les banques commerciales, qui portent en partie la responsabilité et ne peuvent éviter de contribuer, avec des montants estimés entre 3 et 4 milliards de dollars.
Concernant l'assouplissement de la crise de liquidité, les sources proposent plusieurs mesures techniques, notamment l'extension des périodes de remboursement pour les dépôts supérieurs à 100 000 $ progressivement selon la taille du dépôt :
| Taille du Dépôt | Période de Remboursement |
|---|---|
| À partir de 100 000 $ | 4 ans |
| De 100 000 $ à 1 million de dollars | 5 ans |
| De 1 million à 5 millions de dollars | 6 ans |
| Plus de 5 millions de dollars | 7 ans |
Les mêmes sources soulèvent également un problème éthique fondamental : pourquoi les individus qui ont retiré 40 000 $ sous les Circulaires 158 et 166 devraient-ils être autorisés à retirer à nouveau un total de 100 000 $, sans tenir compte des retraits précédents ? Ils constatent que les retraits totaux sous ces circulaires depuis leur émission ont dépassé 6 milliards de dollars, un fait non reflété dans le projet de loi actuel.
Troisième Obstacle : Redéfinir le Chemin des Finances Publiques
C'est l'obstacle le plus complexe et à long terme, relatif à la trajectoire des finances publiques libanaises dans les années à venir. Les sources françaises déclarent que tout le travail effectué par le ministère libanais des Finances et le FMI dans ce domaine est devenu obsolète à la lumière des événements récents.
Les attentes précédentes étaient basées sur un scénario de croissance positive, alors qu'il est maintenant confirmé que la croissance en 2026 sera négative et sévère. De plus, les prévisions d’augmentations significatives des revenus ne se sont pas matérialisées, les quatre premiers mois affichant une stagnation ou une baisse. Dans le même temps, la réduction des dépenses est devenue impossible dans les conditions actuelles.
En conséquence, l'ensemble du cadre fiscal à moyen terme (MTFF) doit être entièrement révisé sur la base de principes totalement différents de ceux utilisés avant mars dernier.
Au Bout du Tunnel : Une Lumière Possible
Malgré les perspectives sombres, des sources françaises expriment un optimisme prudent. Elles croient que la direction du FMI, en raison de son pragmatisme politique, pourrait faire preuve d'une flexibilité implicite envers le Liban, en se concentrant uniquement sur ce qui est réellement réalisable.
Si le Liban réussit à surmonter ces trois obstacles, un accord avec le FMI deviendrait réalisable, débloquant entre 3 et 5 milliards de dollars de financement, soit au moins 10 % du PIB. Cela ouvrirait également la voie à une conférence de donateurs susceptible de générer entre 7 et 12 milliards de dollars supplémentaires.