Un sud en mutation : Que reste-t-il du territoire libanais sous une nouvelle réalité sécuritaire ?

Liban 13-06-2026 | 10:03

Un sud en mutation : Que reste-t-il du territoire libanais sous une nouvelle réalité sécuritaire ?

La question n'est plus où les forces israéliennes s'arrêteront, mais quelles parties du sud du Liban resteront sous contrôle libanais si Israël parvient à imposer sa nouvelle vision sécuritaire.
Un sud en mutation : Que reste-t-il du territoire libanais sous une nouvelle réalité sécuritaire ?
De la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne qui a ciblé le village de Shoukin le 11 juin 2026. (AFP)
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La bataille qui se déroule aujourd'hui dans le sud du Liban n'est pas simplement une confrontation pour une colline, une vallée ou un village frontalier. Ce qui se passe va bien au-delà.

 

C'est une bataille concernant les cartes elles-mêmes, et sur les lignes qui sépareront l'influence d'Israël et du Hezbollah dans la phase après la guerre, ainsi que sur la forme que prendra le sud qui pourra émerger des décombres si Israël parvient à transformer ses gains militaires en réalités politiques permanentes.

 

À un moment où les négociations se déroulant à Washington sont en train d'échouer et les avertissements militaires s'accumulent sur le terrain, les indicateurs augmentent qu'Israël ne pense plus en termes de retour à la situation d'avant-guerre, mais plutôt en termes d'imposer une nouvelle réalité sécuritaire qui va au-delà de la Résolution 1701 et de la rivière Litani, atteignant des zones qui étaient jusqu'à récemment considérées comme faisant partie de la profondeur stratégique du Hezbollah.

 

Une source diplomatique impliquée dans les négociations libano-israéliennes se déroulant à Washington a révélé au journal Annahar qu'un accord de cessez-le-feu complet est sur la table depuis la session du 15 mai, mais deux tentatives principales pour l'approuver ont été bloquées ces dernières semaines. La source ajoute que l'effort actuel se concentre sur la prévention de l'échec d'un accord spécial pour une zone pilote autour du château de Beaufort, connu sous le nom de Qalaat al Shaqif, considéré comme un test initial pour tout futur arrangement sécuritaire.

 

Cette zone est d'une importance exceptionnelle car elle pourrait devenir le premier modèle pour de futurs retraits israéliens. Son échec, cependant, pourrait ouvrir la porte à l'ancrage de nouvelles réalités sur le terrain qui permettraient à Israël de conserver des positions avancées, mettant Nabatieh elle-même dans la zone de danger et menaçant de la transformer en le prochain maillon après les villes passées sous contrôle ou influence militaire israélienne.

 

Pour cette raison, le prochain tour de négociations débutant le 22 juin semble décisif. Alors que les cercles diplomatiques parlent d'une croyance croissante dans la nécessité pour Israël de retourner dans la zone dite jaune, l'application de ce chemin reste conditionnée à un accord sur la zone pilote, ses mécanismes de surveillance et ses garanties. En revanche, les cercles sud-libanais s'inquiètent de plus en plus que le Jabal Amel ne soit confronté à un moment historique difficile pouvant redessiner ses équilibres et ses frontières sécuritaires sous la pression des réalités militaires et des ententes régionales.

 

Cependant, ce qui se passe dans les salles de négociation n'est qu'un reflet de ce qui est en discussion au sein même de l'établissement militaire israélien.

 

Selon des rapports israéliens, l'armée fait face à deux options stratégiques connues en interne sous les noms d'Oranim Mineur et Oranim Majeur. Oranim est un terme hébreu signifiant pins et est utilisé comme un nom de code symbolique pour les plans et opérations militaires, et ici il est utilisé dans les rapports israéliens pour décrire deux scénarios d'escalade possibles.

 

La première option, Oranim Mineur, repose sur la consolidation des gains actuels et leur transformation en une véritable ceinture de sécurité empêchant le retour des menaces à la frontière nord. La deuxième option, Oranim Majeur, ouvre la porte à une phase très différente, avançant vers le nord en direction de Nabatieh et Zahrani, s'étendant vers l'ouest en direction de Tyr et Sidon, et redessinant finalement l'ensemble de la géographie sécuritaire du sud du Liban.

 

Quand le Litani ne suffit plus

 

Peut-être que ce qui renforce le plus ces préoccupations sont les avertissements émis par l'armée israélienne ces derniers jours aux habitants des zones autour de Tyr et Sidon, les appelant à évacuer. De tels avertissements ne sont généralement pas perçus comme de simples mesures de précaution, mais plutôt comme une indication que les zones concernées peuvent avoir été incluses dans le champ de bataille potentiel ou dans la banque de cibles militaires. En conséquence, l'intégration des périphéries de Tyr et Sidon dans le cercle des avertissements suggère que la côte sud n'est plus en dehors des calculs opérationnels israéliens si une décision est prise de passer à une phase plus large de la guerre.

 

Au cœur de ces calculs se trouve le Wadi Saluki. Cette vallée n'est pas seulement une caractéristique géographique. C'est l'un des emplacements les plus profondément enracinés dans la mémoire militaire israélienne depuis la guerre de juillet 2006, lorsqu'elle est devenue un symbole de l'échec de l'avance israélienne et de la capacité de combat démontrée par le Hezbollah en exploitant le terrain sud.

 

Lorsque l'armée israélienne parle aujourd'hui de parvenir à un contrôle opérationnel au nord du Wadi Saluki, elle n'annonce pas une occupation permanente autant qu'elle déclare l'effondrement d'un des nœuds défensifs naturels qui a longtemps fait partie de la profondeur de champ du Hezbollah. Le contrôle opérationnel ici signifie la capacité de se déplacer, d'observer, de cibler et d'empêcher l'adversaire d'utiliser librement la zone, ce qui donne à Israël une marge plus large pour imposer de nouvelles réalités sur le terrain.

 

Mais le développement le plus significatif est le passage du Litani au Zahrani. Pendant près de deux décennies, la rivière Litani a été le point de référence pour toute discussion politique ou militaire concernant le sud du Liban après la Résolution 1701. Aujourd'hui, cependant, la simple évocation du Zahrani en tant que ligne de sécurité potentielle révèle l'ampleur du changement dans le pensée israélienne. Le Zahrani ne se trouve pas dans la bande frontalière ni dans la zone traditionnelle de confrontation, mais forme plutôt la porte sud vers Nabatieh et la jonction qui relie le sud à Beyrouth et la Bekaa.

 

Ici, Nabatieh entre au cœur de la scène. La ville n'est pas simplement un centre de population majeur, mais l'un des piliers les plus importants de la structure politique, sociale et logistique de l'environnement qui soutient le Hezbollah. Par conséquent, l'approche des opérations israéliennes vers ses environs n'est pas perçue comme une simple avancée sur le terrain, mais comme un indicateur du déplacement de la guerre des périphéries vers les nœuds centraux dans le sud.

 

Le paradoxe frappant est qu'Israël reconnaît que la menace la plus sérieuse n'est plus les roquettes ou les tunnels, mais les drones. La guerre actuelle s'est progressivement transformée en une course technologique ouverte, dans laquelle Israël cherche à pousser les plateformes d'exploitation de drones plus profondément dans le territoire libanais, tandis que le Hezbollah cherche à maintenir sa capacité à infliger des pertes et à garder le front actif.

 

Au milieu de tout cela, la déclaration du commandant du 13ème Bataillon de la brigade Golani concernant ses forces prêtes à atteindre Beyrouth si on leur donne l'ordre a attiré l'attention. Cette déclaration est peut-être plus proche d'un message de dissuasion et de pression psychologique que d'un réel plan opérationnel, mais elle révèle quelque chose de plus important. L'établissement militaire israélien tente de convaincre à la fois ses adversaires et ses alliés qu'il n'est plus disposé à revenir à l'équilibre d'avant-guerre.

 

Si le Zahrani représente dans les calculs israéliens une ligne de sécurité avancée, Beyrouth reste le plafond politique et psychologique de la guerre. Lorsqu'un officier de terrain israélien parle de préparation pour atteindre la capitale libanaise, il ne trace pas nécessairement un plan militaire exécutable, mais envoie un message qui dépasse le champ de bataille pour toucher la politique et la stratégie. Beyrouth ici n'est pas une cible militaire directe autant qu'elle est un symbole de l'ampleur maximale que pourrait atteindre la guerre si les restrictions existantes s'effondrent et si les règlements proposés échouent. Par ce signal, Israël tente de suggérer que les limites de la confrontation ne sont plus confinées à la bande frontalière ou au sud du Litani, et qu'il est théoriquement prêt à aller beaucoup plus loin que lors des précédentes rondes de conflit s'il juge que sa sécurité n'est plus garantie par des moyens traditionnels.

 

La question posée aujourd'hui n'est plus de savoir où les forces israéliennes s'arrêteront, mais quel sud restera pour le Liban si Israël parvient à imposer sa nouvelle vision sécuritaire.

 

Entre des négociations qui échouent à Washington, des plans militaires qui s'étendent sur le terrain, et de nouvelles cartes testées par le feu, le conflit ne semble plus concerner uniquement l'arrêt de la guerre, mais la nature de la paix qui la suivra, qui en dessinera les frontières et où ses lignes réelles s'achèveront.

 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs leur appartiennent et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar