L'infrastructure militaire souterraine du Liban et le fossé entre connaissance et action
Par Iskandar Khashasho,
Parler des tunnels et des installations militaires qui ont été découverts dans le sud du Liban et dans la Bekaa occidentale après la récente guerre n'est plus simplement un détail militaire lié à la confrontation entre Israël et le Hezbollah.
Avec l'émergence constante d'informations et d'images montrant des salles de commandement, des dépôts d'armes et des installations souterraines, une question plus sensible et embarrassante pour l'État libanais a surgi : comment était-il possible de construire une infrastructure si grande pendant de nombreuses années ? Et que savaient les agences de sécurité à ce sujet ?
La question n'est pas celle d'un entrepôt caché ou d'un site militaire limité, mais plutôt d'un vaste réseau de fortifications et d'installations nécessitant des travaux d'excavation intensifs, une préparation et un financement important, ainsi que des efforts cumulatifs sur des années.
Cela soulève naturellement des questions sur la capacité de l'État à surveiller ce qui se passe sur son territoire et l'étendue des connaissances de ses agences de sécurité.
Tunnels frontaliers et villes militaires souterraines
En 2018 et 2019, le dossier des tunnels est passé de simples accusations israéliennes à une question documentée au niveau international, après que la Force intérimaire des Nations Unies au Liban a confirmé l'existence de plusieurs tunnels près de la Ligne bleue, dont certains traversaient la frontière, constituant une violation de la Résolution 1701.
Cependant, ce qui a été révélé après la récente guerre va bien au-delà de la question des tunnels transfrontaliers. Les images et informations circulantes pointent vers l'existence d'une infrastructure militaire complexe comprenant des salles d'opérations, des dépôts de munitions, des installations logistiques et des sites souterrains fortifiés, reflétant un investissement à long terme dans la construction d'un réseau défensif et offensif sophistiqué.
Cela soulève la question clé : l'État était-il complètement absent de ce qui se passait ?
Une décision politique majeure
L'affirmation selon laquelle les agences de sécurité libanaises ne savaient rien du tout semble exagérée, tout comme il serait inexact de dire qu'elles avaient une image complète de tout ce qui se passait.
Ce qui se rapproche plus de la réalité, c'est que les agences possédaient divers degrés d'informations sur l'existence de sites, de fortifications et d'activités militaires dans plusieurs régions, mais le problème n'était pas toujours le recueil de renseignements autant que la capacité d'y donner suite.
Pendant de nombreuses années, des déclarations ministérielles successives ont formé un parapluie politique pour ce qui est devenu connu comme l'équation de l'armée, du peuple et de la résistance, où les armes du Hezbollah étaient considérées comme partie intégrante d'un cadre de résistance contre l'occupation israélienne.
Dans ce contexte, tout mouvement de sécurité visant l'infrastructure militaire du groupe n'était pas perçu comme une mesure de sécurité de routine, mais plutôt comme une décision politique majeure liée aux équilibres internes et à la relation avec l'une des forces politiques et militaires les plus importantes du pays.
En d'autres termes, même si des rapports ou des données existaient au sein de certaines agences, les convertir en actions opérationnelles n'était pas aussi simple que dans d'autres cas de sécurité.
Au-delà de la couverture politique, un autre facteur a également joué un rôle qui ne peut être ignoré, à savoir l'existence de zones qui étaient en pratique hors de portée pour les forces de sécurité d'y opérer librement.
Dans plusieurs zones sous l'influence du Hezbollah, notamment dans le sud et la Bekaa, le mouvement des agences de sécurité officielles était soumis à des sensibilités politiques et sécuritaires connues, tandis que certains sites étaient effectivement fermés à toute surveillance directe de l'État. Cette réalité a persisté pendant de nombreuses années, que l'on y ait été favorable ou non.
La question n'est pas limitée à savoir si les agences savaient ou ne savaient pas, mais va plus loin pour évaluer leur capacité réelle à accéder à ces sites et à vérifier ce qui s'y passait.
Entre connaissance et incapacité politique
Le principal problème révélé par le dossier des tunnels et des fortifications n'est pas nécessairement l'absence d'information, mais plutôt le fossé entre la connaissance et la capacité de prendre des décisions.
Au cours des décennies passées, l'État libanais a vécu dans des équilibres délicats qui ont fait que de nombreux dossiers de sécurité majeurs étaient soumis à des calculs politiques allant au-delà des institutions de sécurité elles-mêmes. Par conséquent, avoir des informations ne signifie pas nécessairement avoir la capacité d'en faire usage.
C'est pour cette raison que l'hypothèse d'une "incapacité politique" apparaît plus réaliste que celle d'une "ignorance complète". Les agences ont pu connaître une partie de ce qui se passait, mais elles opéraient sous un plafond politique clair imposé par la nature de la période et les équilibres qui régissaient le pays depuis le retrait israélien du sud en 2000 jusqu'au déclenchement de la récente guerre.
Aujourd'hui, avec l'effondrement de nombreux tabous qui régissaient autrefois le débat sur les armes du Hezbollah et sa structure militaire, les anciennes questions reviennent plus fortement à la surface.
Quel était le coût de ce réseau de tunnels et de fortifications ? Les excavations profondes, le renforcement en béton, les systèmes de ventilation, le câblage électrique et de communication, et la distribution des dépôts et des positions de tir montrent tous des investissements majeurs accumulés sur plus d'une décennie et demie.
Il n'existe pas de chiffres vérifiés publiés pour le niveau réel des dépenses, et si les estimations occidentales et israéliennes concernant l'ampleur du financement iranien au groupe sont précises, alors le coût total pourrait être énorme, bien que le chiffre réel reste inconnu.