L'accord de Washington qui n'a jamais existé : Comment un rejet a modifié l'équilibre politique
À première vue, il peut sembler que le rejet par le secrétaire général du « Hezbollah », Naim Qassem, des ententes issues des négociations de Washington constituait un défi pour Israël et les États-Unis.
Cependant, un examen plus attentif de la scène politique qui a suivi l'annonce américaine conduit à une conclusion complètement différente : l'homme qui a cherché à faire échouer l'accord a en fait soulagé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et peut-être l'a libéré de l'un des dilemmes politiques les plus complexes auxquels il a été confronté depuis le déclenchement de la guerre.
Le problème n’était pas qu’Israël était enthousiaste à propos de l’accord alors que le « Hezbollah » le rejetait. Bien au contraire. Ce que les discussions au sein du cabinet de sécurité israélien ont révélé jeudi dernier a montré que le propre gouvernement de Netanyahu était divisé sur tout cessez-le-feu. Des ministres de haut rang ont appelé à poursuivre la guerre et à élargir les opérations militaires, et certains ont exigé de terminer ce qu’ils décrivent comme le « démantèlement » de la structure militaire du Hezbollah avant de discuter de tout règlement.
Netanyahu se retrouvait effectivement pris entre deux pressions opposées : d'une part, l'administration du président Donald Trump, qui semblait désireuse de réaliser une avancée politique au Liban et de créer un nouveau chemin qui mettrait fin à la guerre et redessinerait les règles de l'engagement à la frontière. D'autre part, ses partenaires de coalition, qui voient un cessez-le-feu maintenant comme une occasion stratégique manquée pour affaiblir encore plus le « Hezbollah ».
Le Liban et l'opportunité américaine manquée
Parallèlement à l'activité diplomatique américaine, l'État libanais essayait de saisir un rare moment politique. Pour la première fois depuis des années, une fenêtre semblait ouverte à Washington dont le Liban pourrait potentiellement bénéficier.
Le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, et la délégation de négociation libanaise ont cherché à tirer parti du désir américain de réaliser une percée politique sur le front libanais, ainsi que de la divergence émergente entre Trump et Netanyahu concernant la gestion de la guerre et ses résultats.
C'est à partir de là que vient l'insistance du Liban à garantir autant de gains politiques et sécuritaires que possible avant d’atteindre un quelconque accord final. Le négociateur libanais n’était pas seulement en train de négocier un cessez-le-feu ; il essayait aussi d’obtenir des garanties américaines liées à une fin de guerre complète, renforcer le rôle de l'armée libanaise, ouvrir la voie à des retraits israéliens plus larges, et éventuellement rétablir la position de l'État libanais comme le seul partenaire reconnu internationalement dans la gestion du sud.
Pour cette raison, l’annonce américaine n’a pas seulement été une trêve militaire. Elle portait en elle le début d'un parcours politique différent basé sur le renforcement de la présence de l'État libanais dans les zones frontalières, et sur le test d'un nouveau modèle où l’autorité légitime serait la seule référence sécuritaire au sud du Litani.
Cependant, le rejet rapide par le « Hezbollah » des ententes a changé toute la scène. Au lieu de placer Netanyahu sous pression américaine, cela a allégé cette pression sur lui. Au lieu de permettre à l'État libanais de capitaliser sur l’impulsion de Trump vers un règlement, cela a affaibli sa position de négociation. Et au lieu de garder l’attention focalisée sur les conditions israéliennes et la nécessité d’arrêter les attaques, l’attention s’est détournée vers le côté qui a rejeté l’accord dès le début.
C’est là que réside le dilemme fondamental auquel le Liban est confronté aujourd'hui. Alors que l'État essaie de profiter de toute divergence américano-israélienne pour obtenir des avantages nationaux, le « Hezbollah » insiste pour traiter le dossier sous un angle complètement différent, lié aux calculs du conflit régional et à sa position au sein de l'axe iranien.
Le résultat est que l’État libanais officiel s'est retrouvé perdant une carte qu'il essayait d'utiliser, tandis que Netanyahu s'est retrouvé soulagé d'un lourd fardeau politique qui menaçait de provoquer des divisions internes au sein de son gouvernement.
Ainsi, la vraie question ne serait peut-être pas pourquoi Naim Qassem a rejeté l'accord de Washington, mais plutôt ce que ce rejet a réellement accompli.
Jusqu'à présent, la réponse semble claire : elle a donné à Netanyahu ce dont il avait le plus besoin, un justificatif pour continuer la guerre sans porter la responsabilité d'avoir fait échouer une chance de l'arrêter.
Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement les vues d'Annahar.