Le sud du Liban au bord du gouffre : Projets de zone tampon, craintes de déplacement et impasse politique

Opinion 03-06-2026 | 11:14

Le sud du Liban au bord du gouffre : Projets de zone tampon, craintes de déplacement et impasse politique

Les tensions au Liban révèlent des avertissements sur des changements démographiques durables, exacerbés par des divisions internes et un processus décisionnel bloqué.
Le sud du Liban au bord du gouffre : Projets de zone tampon, craintes de déplacement et impasse politique
La présence israélienne à Castle Sheqif revêt une grande importance et marque une nouvelle étape. (AFP)
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La Nakba du Liban en 2026 est pire que la Nakba de la Palestine en 1948. C'est parce qu'il n'y a personne au Liban qui comprenne pleinement ce qui est en jeu, et qu'Israël n'est pas seulement satisfait d'occuper certaines positions dans le sud, mais entend également raser des dizaines de villages pour établir une zone tampon le long de la frontière avec le Liban, tout en déplaçant le plus grand nombre de chiites du sud.

En 1948, Israël s'est limité à déplacer les Palestiniens de leurs villes et villages et à saisir leurs propriétés et terres, les actes de démolition et de nivellement restant relativement limités. Dans le sud du Liban, en pleine guerre, il y a une claire intention israélienne d'empêcher les résidents de même reconnaître leurs propres villages et villes. Cela suggère que l'objectif ultime est de créer une zone tampon dépeuplée dans le sud du Liban, changeant ainsi définitivement la nature du sud.

Il est clair, du point de vue d'Israël, qu'il y a une volonté que cette zone tampon soit placée sous sa surveillance directe de sécurité.

Le Liban, quant à lui, est préoccupé par la question de savoir si le problème concerne des négociations directes ou indirectes, et s'il est nécessaire de former des comités militaires et civils conjoints avec Israël. En faisant cela, le Liban se pose des questions que le temps a déjà dépassées, et qui sont déconnectées de la réalité difficile à laquelle font face les habitants du sud.

Il y a un Président du Parlement nommé Nabih Berri, qui a 88 ans, cherchant encore un avenir politique, alors qu'il devrait plutôt adopter une position claire et directe pour aider à sauver le sud ou ce qu'il en reste. Cela ne peut être atteint qu'en surmontant l'influence iranienne d'un côté, et en s'alignant avec la position adoptée par le Président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam de l'autre.

L'illusion de la "libération"

Le Liban vit toujours sous l'illusion de "libération". La réalité est qu'il vit dans un autre monde, déconnecté de ce qui est imposé par Israël à travers ses pratiques brutales. Ce n'est pas le moment de se laisser distraire par la forme des négociations alors que le facilitateur américain essaie d'aider au maximum la partie libanaise. Le soutien américain ne peut être efficace sans que les Libanais eux-mêmes ne tentent de se soutenir et de s'unir pour soutenir la délégation de négociation à Washington, la délégation politique et la délégation militaire.

Il est temps de confronter la vérité, y compris la compréhension qu'il existe un accord américano-israélien pour rejeter tout lien entre les dossiers iranien et libanais. Ce qui doit être abordé en premier lieu, c'est que la "République islamique" ne peut rien faire pour le Liban. Du point de vue iranien, tout ce qui est requis est que le Liban et les Libanais — chiites et non-chiites — jouent un jeu suicidaire. Le Liban n'est qu'une carte iranienne dans les négociations que Téhéran mène avec les États-Unis pour parvenir à un accord aux dépens des pays de la région.

Il est plus que nécessaire pour le Liban, aux plus hauts niveaux, de comprendre la nature de cette phase et les transformations que le Moyen-Orient a subies depuis le début de la guerre de Gaza, et la décision de l'Iran d'ouvrir le front sud. Depuis le "Déluge d'Al-Aqsa" le 7 octobre 2023, Israël a changé. L'État hébreu n'est plus prêt pour des règlements ou des accords, que ce soit avec "Hamas" ou "Hezbollah", qui ont cru pouvoir continuer leur ancienne approche dans le cadre des "règles d'engagement".

Adhérer aux formalités

Peut-être que le Liban, représenté par le Président de la République et le Premier ministre, doit réaliser que ce n'est pas le moment de s'en tenir aux formalités. Il est essentiel de comprendre le prix qu'Israël exige pour le retrait du sud du Liban, et les conditions qu'il imposera pour permettre aux résidents de retourner dans leurs villages et villes menacés.

Si Anwar Sadate s'était tenu aux formalités, il n'aurait pas repris le Sinaï, qu'Israël avait occupé pendant la guerre de 1967. En fin de compte, la présence d'Israël dans le Château de Beaufort, compte tenu de son importance stratégique, est une carte hautement significative et le début d'une nouvelle phase qui doit être abordée plutôt que de s'engager dans un débat stérile sur les procédures de négociation.

Le Liban peut-il sauver ce qui peut encore être sauvé de son sud et préserver l'espoir pour les Sudistes de retourner un jour sur leur terre, au lieu de voir une Nakba comme celle de la Palestine se répéter sur son sol ? Cela est possible si les formalités sont contournées et que le cœur du problème est abordé. L'essence de la question est de mettre fin à l'occupation, quel que soit le prix à payer inévitablement, et d'abandonner les armes du Hezbollah, qui n'ont apporté que ruine, destruction et humiliation au Liban et à son peuple, y compris la communauté chiite. La continuation des armes signifie la continuation de l'occupation et la continuation des pratiques israéliennes dont le Liban supporte le coût à travers tous ses composants.

Disclaimer: Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar.