Les médecins du Maghreb à l'étranger : Entre fuite des cerveaux et débat politique
À la lumière des relations complexes entre l'Algérie et la France, toutes les tentatives de rapprochement se heurtent à l'héritage persistant de la plaie coloniale profonde et aux problèmes non résolus entre les deux pays.
Les déclarations du président Emmanuel Macron louant le rôle des médecins algériens dans les hôpitaux français étaient censées réduire les tensions entre l'Algérie et Paris, mais ont plutôt déclenché des demandes renouvelées pour que l'Algérie soit compensée pour ses médecins partant vers la France.
Lors d'une visite il y a quelques semaines dans un hôpital français, le président français a mis en avant la contribution des médecins algériens pour combler les lacunes en personnel médical des hôpitaux français. À cette occasion, il a également critiqué ce qu'il a appelé « ceux qui sont assez fous pour vouloir se battre avec l'Algérie », appelant à une relation basée sur le « dialogue » et le « respect » avec les autres, en référence à l'Algérie.
Ses remarques ont exprimé un désir d'améliorer les relations avec l'État algérien et peut-être d'atteindre une forme de normalisation complète avec celui-ci avant qu'il ne quitte ses fonctions l'année prochaine.
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Sahara... un obstacle ?
Le rythme des visites d'échange entre responsables des deux pays s'est accéléré après les déclarations de Macron, bien que les positions divergentes sur la question du Sahara occidental puissent constituer un obstacle majeur à toute amélioration durable des relations.
La proportion de médecins originaires des pays du Maghreb dans les hôpitaux publics français reflète la relation complexe et ambiguë entre la France et ces pays. Les Algériens représentent 38,8 % des médecins étrangers, suivis des Tunisiens à 15,1 % et des Marocains à 7,4 %.
Les remarques de Macron n'ont pas échappé à la controverse. Côté français, ses commentaires ont irrité les figures de l'extrême droite, qui l'ont accusé d'ignorer ce qu'ils considèrent comme les véritables problèmes auxquels Paris est confronté dans ses relations avec l'Algérie, y compris la question de l'expulsion des migrants algériens indésirables en France, ainsi que l'héritage du colonialisme, dont l'ombre continue de planer sur les relations bilatérales.
D'autre part, certaines voix en Algérie ont appelé la France à dédommager leur pays pour les coûts engagés dans la formation de ces médecins.
La même question a été précédemment soulevée en Tunisie, où des appels ont émergé pour négocier avec les pays accueillant des professionnels tunisiens afin de parvenir à des accords qui fourniraient une compensation à la Tunisie ou imposeraient des frais aux migrants eux-mêmes.
Les pays du Maghreb ont raison
Il est certain que les pays du Maghreb sont justifiés de se sentir concernés par le départ de milliers de leurs médecins à l'étranger chaque année, après avoir beaucoup investi dans leur formation.
Cependant, il est très peu probable que les appels à une compensation financière directe reçoivent une réponse positive, surtout dans les pays d'accueil. En France en particulier, une compensation pourrait devenir une nouvelle source de controverse si elle était formellement mis à l'ordre du jour.
De plus, les pays du Maghreb, dont l'Algérie, auraient beaucoup de mal à restreindre l'émigration de leurs médecins, car ce phénomène s'inscrit dans le cadre de la liberté de mouvement des professionnels qualifiés, d'autant plus qu'ils ne peuvent trouver des opportunités adéquates dans leurs pays d'origine. En tout cas, ils ne peuvent pas nier l'attraction de la France en raison de liens culturels et familiaux.
En réalité, les pays du Maghreb portent une plus grande part de responsabilité dans l'émigration de leurs médecins, ingénieurs et autres professionnels qualifiés. Ils auraient dû depuis longtemps prêter attention aux conditions professionnelles et financières difficiles et aux pressions sociales qui ont rendu leurs pays peu attrayants pour les talents ; ils auraient aussi dû travailler à créer un environnement capable de les retenir. Mais ils ne l'ont pas fait. L'occasion reste ouverte pour eux s'ils choisissent d'agir, afin que le départ des médecins ne perturbe pas leurs systèmes de santé.
Ils peuvent également tirer parti de leurs relations traditionnelles avec les pays européens, notamment la France, pour explorer des possibilités de « compensation » indirecte, y compris le développement de la coopération dans l'éducation et la formation médicale d'une manière qui renforce les systèmes de santé du Maghreb. Ils peuvent aussi défendre les droits de leurs médecins et les protéger de l'exploitation et de la discrimination dans les pays d'accueil.
Jusqu'à ce que les conditions qui poussent les médecins algériens et autres maghrébins à émigrer changent, les tentatives de cadrage politique ou de manifestations concernant le « pillage colonial » des ressources humaines ne serviront à rien. Tant que ces conditions restent inchangées, la région du Maghreb continuera à perdre ses talents, et ses médecins continueront à faire leurs valises pour l'étranger.
Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs leur appartiennent et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar.