Le nouveau Premier ministre irakien s'attaque à la corruption : Ali Al-Zaidi peut-il réussir là où d'autres ont échoué ?
Le Premier ministre irakien, Ali Al-Zaidi, a placé la lutte contre la corruption au premier plan des priorités de son gouvernement, lançant une série de mesures que ses partisans décrivent comme les plus audacieuses depuis des années. Celles-ci incluent la révision des contrats gouvernementaux, la réouverture de dossiers suspects de corruption et la récupération des fonds publics.
Cependant, en prenant ces mesures, Al-Zaidi entre dans une confrontation directe avec l'un des réseaux d'influence les plus complexes d'Irak—une bataille qui pourrait déterminer l'avenir de son gouvernement et sa capacité à réaliser une avancée significative sur l'un des problèmes les plus difficiles du pays.
Un système de corruption enraciné
Depuis plus de deux décennies, la corruption en Irak s'est transformée d'un problème administratif et financier en un système profondément enraciné qui a imprégné les institutions étatiques, devenant l'un des principaux obstacles à l'établissement d'une gouvernance efficace, à la prestation de services et au renforcement de la stabilité politique et économique.
Malgré les centaines de milliards de dollars dépensés par les gouvernements irakiens successifs depuis 2003, le pays continue de souffrir de crises chroniques dans les secteurs de l'électricité, de la santé, de l'éducation et des infrastructures, au milieu d'accusations généralisées selon lesquelles une grande partie des fonds publics a été perdue à travers des réseaux de corruption, des contrats fictifs et des accords douteux protégés par des intérêts politiques et partisans pendant des années.
Les rapports et estimations internationaux et locaux indiquent que l'Irak a perdu des dizaines de milliards de dollars en raison de la corruption et de la mauvaise gestion. Les estimations officielles précédentes suggéraient que les fonds gaspillés ou détournés dépassaient 150 milliards de dollars, tandis que d'autres évaluations plaçaient le chiffre à plus de 300 milliards de dollars en raison de contrats corrompus et du gaspillage financier.
Dans ce contexte, Al-Zaidi a annoncé la formation du "Conseil Souverain Suprême pour l'intégrité, la surveillance et le recouvrement des fonds publics" ainsi qu'une révision complète des contrats gouvernementaux et la réouverture de tous les dossiers suspects de corruption, quels que soient les individus ou entités impliqués.
Ces mesures signalent un effort pour s'attaquer aux racines du problème plutôt que de se contenter de poursuivre des cas isolés ou des employés de moindre niveau, comme cela a souvent été le cas dans les campagnes anti-corruption précédentes.
Soutien politique aux mesures du gouvernement
Mukhtar Al-Moussawi, membre du parlement du Cadre de Coordination, a déclaré à Annahar que "les mesures prises par Al-Zaidi dans la lutte contre la corruption représentent un début important sur la voie de la réforme administrative et financière. Il est nécessaire de traduire ces mesures en résultats concrets qui mènent à tenir les responsables pour responsables et à récupérer les fonds publics."
Al-Moussawi a noté que "la corruption a longtemps été l'un des défis les plus sérieux auxquels l'État irakien est confronté. Depuis des années, elle a drainé les ressources du pays, affaibli ses institutions et entravé les projets de développement et de service. Le public irakien attend des actions concrètes qui restaurent la confiance dans la capacité de l'État à faire respecter la loi et à tenir les corrompus responsables."
Il a ajouté que la décision du Premier ministre de créer le Conseil Souverain Suprême pour l'intégrité, la surveillance et le recouvrement des fonds publics, combinée à la révision des contrats gouvernementaux et à la réouverture des dossiers liés à la corruption, envoie un message clair que le gouvernement est sérieux quant à s'attaquer à l'enjeu.
Selon Al-Moussawi, le parlement soutiendra toutes les mesures légales et constitutionnelles visant à protéger les fonds publics et à poursuivre ceux impliqués dans des affaires de corruption.
Il a en outre souligné que le succès de la campagne nécessite une coopération étroite entre les branches législative et exécutive, ainsi que le soutien des institutions de contrôle, judiciaires et spécialisées pour garantir des enquêtes professionnelles et transparentes à l'abri de la pression politique ou des intérêts partisans.

Réseau d'intérêts et obstacles politiques
D'un autre côté, le chercheur en affaires politiques Mohamed Salah Turki a déclaré à Annahar que "Al-Zaidi peut avoir un désir sincère d'avancer sur cette question, mais la détermination seule ne suffit pas lorsque des forces politiques influentes de diverses factions et affiliations ont directement ou indirectement bénéficié du système de quotas qui leur a permis de contrôler les institutions et ressources de l'État. Toute tentative d'ouverture de dossiers sensibles peut rencontrer une résistance significative de la part de parties préoccupées par l'exposition de leurs dossiers ou la perte de sources d'influence."
Turki a soutenu que la protection politique a été, et reste, l'une des principales raisons du maintien de la corruption en Irak. Les gouvernements précédents ont lancé des campagnes similaires et fait des promesses comparables, mais ont rencontré de gros obstacles une fois que les enquêtes ont atteint des individus ou entités ayant une influence politique ou partisane significative.
Il a ajouté que le succès du gouvernement dans cet effort dépendra de sa capacité à neutraliser les interférences politiques et à garantir l'entière indépendance des institutions de surveillance et judiciaires, tout en sécurisant un large soutien politique national qui empêche les affiliations partisanes, sectaires ou ethniques d'être utilisées pour protéger les suspects ou empêcher les enquêtes.
Test crucial pour l'avenir du gouvernement
Turki a souligné que "la véritable bataille n'est pas seulement entre le gouvernement et les corrompus. C'est aussi une lutte entre un projet d'État cherchant à imposer l'état de droit à tous et un réseau d'intérêts qui s'est formé au fil des années et voit la poursuite de la corruption comme une garantie de son influence politique et économique."
En conséquence, a-t-il déclaré, réaliser une percée majeure dans ce dossier demeure un défi extrêmement complexe—un défi qui nécessite bien plus que des initiatives gouvernementales ou des décisions administratives seules.