La politique palestinienne : fragmentation et épuisement

Moyen-Orient 22-05-2026 | 09:36

La politique palestinienne : fragmentation et épuisement

Défis de la gouvernance dans une arène politique divisée
La politique palestinienne : fragmentation et épuisement
Des jeunes Palestiniens jouent au football devant une fresque du anniversaire de la Nakba à Hébron, en Cisjordanie, le 14 mai 2026. (AFP)
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Aujourd'hui, les Palestiniens se trouvent dans une situation difficile et complexe plus que jamais en raison des conséquences de la guerre génocidaire brutale menée contre eux par Israël, ainsi que l’impasse ou l’effondrement de leur option d’établir un État indépendant en Cisjordanie et à Gaza. Cela s'ajoute à l’échec des stratégies politiques et de résistance qu’ils ont suivies pendant six décennies et à l’épuisement et à l’érosion de leur mouvement national.

À la lumière de tout cela, les Palestiniens semblent avoir un besoin urgent d'organiser une large discussion publique sur leur cause afin de confronter ou de prévenir les dangers et défis qui les entourent. Une telle discussion pourrait aider à raviver leur situation, restaurer le consensus politique, et reconstruire leur cadre national sur de nouvelles bases qui correspondent à leur réalité et à leurs capacités actuelles, leur permettant de rester fermement sur leur terre entre le fleuve et la mer dans ces circonstances.

Où sont les institutions légitimes ?

Cependant, malgré tout ce qui précède, le problème des Palestiniens est que depuis longtemps ils manquent d'institutions politiques légitimes. L'Organisation de libération de la Palestine, qui est censée être le seul représentant légitime du peuple palestinien à l'intérieur et à l'extérieur de la Palestine, est devenue marginalisée et inefficace après que l'Autorité palestinienne est devenue le centre de l'action politique palestinienne, bien qu'elle ne représente que les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ou plus précisément la classe politique dominante là-bas.

En conséquence, il n'y a pas de conseil législatif pour l'Autorité palestinienne après qu'il ait été dissous il y a des années par le président, dont le mandat a largement dépassé sa limite légale. Il est maintenant président de l'Autorité depuis 21 ans, depuis 2005. Cela signifie qu'il y a une crise de légitimité au sein de l'Autorité palestinienne, créant un vide politique qui ne peut être comblé simplement par l'existence d'un président, d'un premier ministre, d'un cabinet, et d'apparats de sécurité. En fait, cela reflète le fossé croissant entre l'Autorité et son peuple en Cisjordanie et à Gaza.

Il en va de même pour l'Organisation de libération de la Palestine. Le Conseil national palestinien s'est réuni seulement trois fois en 32 ans, en 1996, 2009, et 2018, depuis la création de l'Autorité palestinienne en 1994, bien que le règlement interne du conseil stipule qu'il doit se réunir annuellement.

Contrôle sur l'arène politique

Un autre problème auquel sont confrontés les Palestiniens réside dans le contrôle exercé par les factions, ou leurs directions, particulièrement le Fatah et le Hamas, sur l'arène politique palestinienne. Une élite politique, bureaucratique et commerciale dominante contrôle tout, se reproduit et tourne autour soit d'un seul leader, soit d'un petit groupe, dans une réalité où cette arène politique manque d'institutionnalisation et de vie démocratique interne. Ces factions, qui ont effectivement perdu la justification de leur existence, en sont venues à se considérer comme plus importantes que la cause elle-même et même plus importantes que le peuple.

Par exemple, le Hamas insiste pour maintenir sa domination sur Gaza malgré la catastrophe subie par les Palestiniens là-bas. Il insiste également pour garder ses armes afin de préserver son autorité, même si ces armes n'ont pas protégé les Palestiniens de Gaza, ni le Hamas lui-même ni ses dirigeants.

De même, le Fatah, qui dirige à la fois l'OLP et l'Autorité palestinienne, a conclu sa huitième conférence sans aucun véritable débat et sans soulever les questions nécessaires concernant la voie suivie par le Fatah, son expérience, ses responsabilités, et son état actuel. En d'autres termes, il n'a pas réussi à entreprendre une révision critique de ses choix et méthodes d’action. Au lieu de cela, la conférence s'est concentrée uniquement sur la célébration des gloires passées du Fatah et sur la rivalité électorale parmi ses factions influentes.

En réalité, comme l'a montré la longue expérience de 61 ans, les factions palestiniennes ne se sont jamais engagées sérieusement, de manière responsable ou transparente, dans la discussion des questions du peuple et des problèmes de l'action nationale palestinienne à n'importe quelle étape, malgré toutes les expériences, l’expertise, et les sacrifices. Ceci est malgré l'urgent besoin des Palestiniens pour de telles discussions à cause de leur dispersion, de leurs circonstances anormales, et des défis difficiles et complexes qu'ils affrontent, surtout compte tenu des souffrances qu'ils endurent à la fois sous occupation et en exil, où ils sont privés d’identité, de patrie, et de droits.

Ainsi, l’arène palestinienne manque de dialogue interne responsable et constructif concernant les choix politiques et les stratégies qui ont été poursuivis et concernant les transformations qu’elle a subies, passant de la libération au règlement, de l'intifada à la négociation, de la résistance à la désescalade, et d’un mouvement de libération à une autorité.

Le dilemme est que les dirigeants palestiniens, au milieu de leurs débats, désaccords et enthousiasme, oublient qu'ils ne possèdent pas de structures étatiques réelles, que leur situation est loin d’être stable, que la gestion de leurs affaires est entachée par des problèmes, que leur maison interne est fragile et que leur peuple est vulnérable à la fragmentation et à la marginalisation.

Dans tous les cas, ce n'est qu'une petite partie de la réalité difficile et complexe que rencontrent les Palestiniens. Cela confirme que ce dont ils ont besoin n’est pas des réconciliations, des festivals, ou des déclarations, mais plutôt un corps politique collectif qui leur permettrait de déterminer leurs choix décisifs et de gérer leur lutte de la meilleure et la plus appropriée manière possible. Peut-être cela pourrait-il leur épargner d'autres pertes, aider à raviver leur situation, et surtout permettre à leur peuple de rester sur sa terre, libre de slogans et d'illusions.

 

Déclaration : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar