Amérique, Iran et le Golfe : L'impasse qui façonne un nouvel ordre au Moyen-Orient

Opinion 21-05-2026 | 12:03

Amérique, Iran et le Golfe : L'impasse qui façonne un nouvel ordre au Moyen-Orient

Entre la réticence de Washington pour la guerre, le refus de Téhéran de céder, et un Golfe s'adaptant avec résilience, la région se dirige vers une zone grise gérée où le pouvoir est abondant, mais les résultats décisifs restent hors de portée.
Amérique, Iran et le Golfe : L'impasse qui façonne un nouvel ordre au Moyen-Orient
L’oscillation américaine ne réside pas dans une faiblesse de sa puissance, mais dans son incapacité à transformer cette puissance en résultat. (AFP)
Smaller Bigger

Opinion : Yousra Adil

 

Entre une déclaration poussant vers un accord, une autre suggérant la guerre, et une troisième liant l'allègement des pressions à des concessions iraniennes complètes, la rhétorique américaine semble moins une inconsistance verbale qu'une politique délibérée visant à maintenir la région dans une zone grise entre guerre et paix.


Washington ne semble pas pressé de mener une guerre à grande échelle, conscient de ses coûts, ni de parvenir à une paix complète, conscient de ses concessions. Ce qu'il semble rechercher, c'est un troisième espace : ni une guerre qui bouleverse l'équilibre, ni une paix qui soulage la pression sur l'Iran. Dans ce contexte, la question n'est pas ce que Donald Trump a dit, mais ce que ses déclarations contradictoires visent à dissimuler.

 

Une crise gérable ?

Publiquement, Donald Trump déclare que l'Iran ne doit pas posséder une arme nucléaire et qu'il recherche un accord plutôt qu'une guerre, tout en refusant d'alléger les pressions avant de garantir un accord qui assure l'absence complète d'armes nucléaires.


Publiquement, il parle également de se rapprocher d'une entente, pour ensuite exprimer son mécontentement des négociations et du mode de négociation des Iraniens. Mais au-delà de ces déclarations, ce qui émerge est que Washington ne cherche peut-être pas une fin rapide de la crise autant qu'une gérable : l'Iran épuisé mais non effondré, le Golfe dépendant mais non désorienté, Israël rassuré mais non incontrôlé, et les marchés inquiets mais non en déroute.

 

L'oscillation américaine n'est pas une faiblesse dans la possession du pouvoir, mais une incapacité à traduire ce pouvoir en résultats. Les États-Unis détiennent une force militaire inégalée, mais peinent à façonner ce qui vient après. Ils peuvent frapper, mais ne peuvent garantir comment l'Iran réagira, comment la situation évoluera, ou comment le public américain répondra à une nouvelle guerre au Moyen-Orient.


Ni guerre... ni paix

Washington ne cherche peut-être pas la paix, car une paix complète nécessiterait de lever les sanctions, de permettre le retour de l’Iran dans l’économie mondiale, et de reconnaître implicitement son rôle. Elle ne cherche peut-être pas non plus la guerre, car une guerre totale signifierait épuisement, hausse des prix de l'énergie, un Congrès en colère, et le poids persistant de l’Irak et l’Afghanistan dans l’esprit américain. Au lieu de cela, « ni guerre ni paix » apparaît comme l'option la plus tentante : une pression soutenue sans occupation, une dissuasion sans enlisement, et une négociation sans concession ultime.


Le dilemme de Trump est qu'il cherche un accord fonctionnellement similaire au Plan d’action global conjoint, mais ne peut le présenter comme tel. Ayant longtemps dénoncé l'accord original comme insuffisant et unilatéral, il a maintenant besoin d'un nouvel accord qui apparaisse plus dur, impose des concessions plus importantes à l'Iran, et soit politiquement plus vendable à son public.


Pourtant, les pressions autour de lui s'accentuent : des divisions internes de plus en plus profondes sur une potentielle guerre avec l’Iran, des préoccupations concernant l’impact de la guerre sur les prix du carburant et les élections de mi-mandat, et des efforts au Sénat pour limiter son autorité militaire sur l’Iran. Parallèlement, ses alliés ne forment pas un bloc solide derrière lui; l'Espagne a refusé l'utilisation de ses bases pour des frappes sur l'Iran, tandis que les États du Golfe et les États de la région ont cherché à éviter l'escalade plutôt qu'à s'y engager.


Et au-delà de Washington, plus près de Téhéran, la question centrale persiste : que veut Téhéran ?


L'objectif de Téhéran est à la fois plus simple et plus difficile : éviter la défaite publique. Elle cherche à alléger la pression, à préserver un droit symbolique à la souveraineté nucléaire, et à empêcher qu'une frappe ne devienne le point de départ d'un renversement du régime. Elle n'a pas besoin d'une victoire complète sur les États-Unis, mais plutôt de nier à Washington la capacité de revendiquer une victoire complète sur elle.


L'Iran sait qu'il ne peut pas vaincre les États-Unis militairement, mais il comprend également que Washington ne peut pas soutenir une guerre ouverte contre elle. En conséquence, Téhéran joue sur le temps et le coût, cherchant à étirer le conflit et à transférer le fardeau sur son adversaire. Elle cherche également à encadrer toute négociation non pas comme une concession à la pression, mais comme une reconnaissance américaine implicite de sa position plutôt qu'un soulagement iranien.

 

Dans l’espace entre une Amérique qui ne veut pas la guerre et un Iran qui ne veut pas tomber, les États du Golfeémergent au milieu de cet affrontement plus résilients que ne le suggèrent les anciens récits. Le Golfe n’est plus simplement un terrain d'essai entre Washington et Téhéran, mais un acteur plus mature façonné par les réalités de la guerre : des systèmes de défense et de dissuasion renforcés, une capacité à gérer les marchés et les projets, des relations ouvertes avec Washington, Pékin, Moscou, l'Europe et l'Asie, et une diplomatie qui sait comment garder les portes ouvertes même lorsque le ciel est fermé par des missiles.


Dans cette guerre, Washington et Téhéran ne semblent pas faibles parce qu'ils manquent de force, mais parce que leur force ne peut produire de fin. Pendant ce temps, le Golfe a émergé comme l'acteur le plus capable de vivre dans la tempête sans perdre son équilibre.

 

 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar.