Les récits politiques en Iran influencent la perception de la crise en temps de guerre et de négociation.

Opinion 12-05-2026 | 17:59

Les récits politiques en Iran influencent la perception de la crise en temps de guerre et de négociation.

Crise en Iran : Récits politiques et réalité en guerre
Les récits politiques en Iran influencent la perception de la crise en temps de guerre et de négociation.
Une femme iranienne passe devant une fresque anti-américaine et anti-israélienne à Téhéran le 10 mai 2026. (AFP)
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En lisant les informations divulguées sur l'offre faite par l'Iran pour mettre fin à la guerre, on pourrait d'abord penser qu'il s'agit d'une offre de reddition à l'autre partie, et que le temps mettra fin au conflit comme le souhaite Téhéran, et nous entendrons cela souvent.

Dans les moments de grandes crises, la nature de la réflexion politique des pays se révèle, non pas dans leur posture militaire, mais dans leur manière d'interpréter la réalité. Ce qui est notable dans le comportement de l'Iran, c'est la tendance à proposer des "accords de vainqueurs" même dans des moments non soutenus par les faits sur le terrain. Je parle d'un schéma de pensée qui défie la logique, s'approchant de ce qu'on peut appeler la "pensée tordue", telle que discutée dans l'une des publications "Le Monde du Savoir" sur la différence entre la pensée droite et la pensée tordue, dans un livre portant ce titre publié en août 1979.

La pensée correcte, telle qu'elle est définie par la logique, repose sur la lecture des faits, puis sur la construction de conclusions basées sur ceux-ci. La pensée tordue découle d'une croyance préconçue qui cherche ensuite des preuves sélectionnées pour la soutenir, ou se base sur un seul élément tout en ignorant des éléments plus importants.

Conséquences graves

Dans le cas iranien, certains critiques voient ce mécanisme dans ses relations avec le monde : elle finance des groupes armés tout en niant tout lien avec eux, contribuant aux crises tout en maintenant des revendications d'innocence. Dans cette lecture, le résultat est traité comme prédéterminé, « nous sommes victorieux », et les événements ultérieurs sont alors réinterprétés pour correspondre à cette conclusion.

Ce n'est pas seulement un discours interne visant à présenter des illusions au public, mais cela a de sérieuses implications politiques. Lorsqu'un État insiste pour interpréter les résultats d'un conflit qu'il a engagé d'une manière qui contredit les résultats observés, il entre dans des négociations avec un œil fermé, perdant la capacité de faire des concessions réalistes.

Preuves sélectives

Le livre « La Pensée Droite et La Pensée Tordue » suggère que l'une des formes les plus dangereuses de pensée tordue est la "preuve sélective", ce qui signifie choisir ce qui soutient une idée tout en ignorant ce qui la réfute. Dans certaines analyses du discours iranien, cela est décrit comme une focalisation sur des fragments isolés, tout en négligeant les coûts plus larges pour la société iranienne dans toutes ses dimensions : une économie affaiblie, une infrastructure endommagée, et des pressions sociales croissantes. Dans cette vue, un tel cadrage sélectif ne modifie pas la réalité, mais construit une image mentale rassurante au sein de laquelle l'élite dirigeante opère.

Cette ligne de pensée n'est pas confinée à l'interne ; lorsqu'elle est traduite en politique étrangère, elle peut devenir un fardeau pour la stabilité régionale, un "casse-tête", et peut effectivement équivaloir à un refus de reconnaître l'équilibre des forces. Cela peut laisser l'autre partie avec deux options : accepter des conditions irréalistes ou continuer la confrontation. Souvent, la deuxième option est plus susceptible de prévaloir.

Il existe un élément psychologique qu'on ne peut ignorer. Les systèmes qui bâtissent leur légitimité sur l'idée de "victoire perpétuelle" trouvent difficile d'admettre la défaite, car l'admission n'est pas interprétée comme une étape rationnelle mais comme une menace pour la légitimité interne. En conséquence, les concepts sont redéfinis : le retrait devient "redéploiement", et la perte est reformulée comme une "victoire stratégique". Ce genre de reformulation conceptuelle est présenté ici comme une manifestation de la pensée tordue.

À l'inverse, la pensée correcte ne signifie pas faiblesse. En fait, c'est une condition préalable pour affronter la réalité et chercher des solutions. Les pays qui lisent clairement leurs circonstances peuvent se repositionner intelligemment. L'histoire est pleine d'exemples d'États qui ont reculé pour mieux avancer, car ils avaient le courage de reconnaître la réalité avant le courage de l'affronter. Dans ce cadre, le problème attribué à l'Iran est un manque de confrontation et de responsabilité, un phénomène culturel et politique souvent associé aux États révolutionnaires.

À quel coût ?

Aucun pays ne peut négocier indéfiniment dans une situation de crise tout en se basant sur des suppositions sur ce qui pourrait arriver avec l'adversaire et comment cela pourrait changer le cours des événements. La réalité s'affirme tôt ou tard. La question n'est pas de savoir si ce schéma de pensée en Iran changera, mais quand et à quel coût. Plus la correction est retardée, plus le coût est élevé ; pour le peuple iranien, pour ses voisins, et pour l'économie mondiale.

Mot de la fin : lorsque les concepts sont modifiés pour cacher la réalité, la réalité ne change pas, mais notre capacité à la voir, si.

Disclaimer: Les opinions exprimées par les auteurs sont leurs propres vues et ne représentent pas nécessairement celles d'Annahar.