Dès le premier jour de son retour à la Maison Blanche, Donald Trump ne semblait pas être un allié au sens traditionnel du terme. Il ne venait pas de l'école de la diplomatie politique conventionnelle, avec ses alliances à long terme, mais d'un faiseur de deals qui voit les pays plus comme des points de pression que comme des partenaires et alliés.
Il a combattu l'Iran et entraîné la région dans une guerre sans fin sans réelle stratégie pour sa conclusion, puis, lorsque son feu a atteint Oman et les EAU après le cessez-le-feu, il n'a pas hésité à qualifier l'agression de "pas intense" et ne s'élevant pas au niveau de la rupture du cessez-le-feu.
À un moment où le coût de cibler un allié du Golfe aurait dû être élevé, l'événement a été linguistiquement réduit à une "escarmouche", comme si les missiles traversant les cieux du Golfe n'étaient que du bruit de fond dans le théâtre des négociations américano-iraniennes.
Une escarmouche, Monsieur le Président, dans son sens linguistique, est un affrontement ou une bataille limitée entre deux parties, mais ici elle venait d'un seul côté. Lorsque des missiles traversant les cieux du Golfe sont réduits à une "escarmouche", la description devient une minimisation délibérée de l'événement plutôt qu'un portrait précis.
Présenter la guerre comme une crise d'Hormuz n'est qu'un substitut linguistique pour l'absence de stratégie de guerre, puisque le détroit avant le 28 février n'était pas un problème existant en soi, mais a été introduit dans l'équation comme un titre ultérieur pour justifier une confusion antérieure.
Ici, la question n'est plus : Qu'est-il arrivé ? mais : Quelle est la stratégie régissant une région où les frappes sont réduites à des mots, et où les faits sont remplacés par des titres ?
La multiplicité du pouvoir iranien
De l'autre côté de l'image, Téhéran ne semble pas non plus être un état à couche unique facilement compréhensible ou responsable. Il y a l'Iran représenté par Abbas Araghchi et Mohammad Bagher Ghalibaf : un langage diplomatique vantant qu'il n'y a "pas de solution militaire à une crise politique", avertissant contre le fait d'être traîné dans un autre "bourbier" à Hormuz, et suggérant que la balle est dans le camp des autres.
Et il y a un autre Iran détenant les clés des missiles, des détroits, et des milices : l'Iran de la Garde révolutionnaire et de ses visages sécuritaires, voyant le Golfe comme un théâtre pour des messages de pouvoir et un laboratoire pour des équations.
Entre ces deux couches, la simple question que toute personne du Golfe se pose se perd : avec qui dois-je signer un accord ? avec qui dois-je conclure un pacte de non-agression ? et qui garantit que celui qui signe est le véritable décideur du lancement ?
L'Iran, clamant "il n'y a pas de solution militaire" aujourd'hui, est le même qui, même sous la bannière du cessez-le-feu, a continué à envoyer des missiles et des drones vers les EAU ces derniers jours. Plus étrange encore est le discours officiel, soucieux de nier le ciblage ou de laisser entendre avec des phrases telles que : "Si nous avions agi, nous l'aurions annoncé." Ce déni ne répare pas la confiance mais la frappe à nouveau : une fois dans le ciel et une fois dans la réalité.
Le voisinage, dans la culture de la région, n'est pas seulement des frontières géographiques mais un réseau de réassurance mutuelle. Quand le voisin utilise ses missiles pour imposer ses équations, puis utilise le langage pour effacer l'impact, la blessure devient trop profonde pour être effacée par une déclaration diplomatique.
Les États du Golfe entre l'Iran et les États-Unis
Dans cette image complexe, le Golfe — avec les EAU en son cœur — se tient devant une équation difficile : un allié stratégique à Washington dont la relation est mesurée par les intérêts du moment plutôt que par la stabilité de l'engagement, et un voisin iranien qui a choisi la voie de la puissance dure au détriment d'un équilibre historique de voisinage, s'attendant à ce que les slogans de dialogue suffisent à rendre acceptable l'image. Les deux parties ont contribué, chacune à leur manière, à éroder un pilier fondamental de la sécurité régionale : la confiance.
Cette perte de confiance n'est pas seulement un slogan rhétorique mais une réalité politique qui se reflétera sur tout : de l'architecture du système de défense aérienne conjoint aux choix d'armement à la forme des relations économiques et diplomatiques.
Pendant des décennies, les États du Golfe ont construit leur sécurité sous un parapluie américain et sur la rationalité "virtuelle" du voisin iranien, découvrant aujourd'hui qu'ils sont contraints de redéfinir les deux : le parapluie n'est plus garanti et le voisin n'est plus compris. Ce qui vient après la guerre d'Iran ne ressemblera pas à ce qui était avant, ni dans le Golfe ni dans ses voies navigables.
Peut-être que la leçon la plus importante que les capitales du Golfe peuvent tirer de cette phase est que leur sécurité ne peut rester otage des caprices d'un président américain volatile, ni des couches superposées d'autorité à Téhéran, où certains parlent le langage de la paix tandis que d'autres appuient sur le bouton de lancement.
Une nouvelle phase pour la sécurité du Golfe
Rebâtir le système de sécurité du Golfe — politiquement, militairement, et économiquement — deviendra une priorité urgente, basée sur une prémisse simple : si l'allié n'est pas garanti, ni le voisin digne de confiance, alors il doit y avoir un troisième parapluie créé ici, sur cette terre, par une décision purement du Golfe, sur la base de la prioritisation de l'essentiel sur l'important, et de la neutralisation de tous différends pour l'intérêt supérieur.
En fin de compte, le dilemme n'est pas seulement que le Golfe vit entre un "allié peu fiable" et un "ennemi insaisissable", mais aussi que les deux parties agissent toujours comme si le temps reculait et que les États accepteraient indéfiniment d'être de simples théâtres secondaires pour les guerres et calculs d'autrui.
Ce qui a changé aujourd'hui, c'est que ces pays ont pris conscience de leur poids économique et géopolitique, sachant que si leur confiance est rompue, ils peuvent redessiner les cartes plutôt que simplement s'y adapter.
Et quand ils décident de redéfinir la signification de voisin et d'allié, cela marquera le début d'une nouvelle phase, non seulement dans le Golfe mais dans le lexique des relations internationales dans son ensemble.
Disclaimer: Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar.