La crise sécuritaire en Afrique de l'Ouest au Mali : Avancées djihadistes, rivalités régionales et compétition de grandes puissances

Opinion 06-05-2026 | 13:08

La crise sécuritaire en Afrique de l'Ouest au Mali : Avancées djihadistes, rivalités régionales et compétition de grandes puissances

Opinion: Oussama ramadani

Alors que les groupes militants étendent leur emprise dans le nord du Mali, les divisions au Maghreb et les rivalités externes accroissent l'incertitude sur l'avenir sécuritaire de la région.

La crise sécuritaire en Afrique de l'Ouest au Mali : Avancées djihadistes, rivalités régionales et compétition de grandes puissances
Un drapeau mauritanien flotte sur un mât au poste-frontière de Fassala-Néré, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 28 avril 2026. (AFP)
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Les pays du Maghreb suivent de près les évolutions au Mali suite aux attaques lancées par le groupe « Soutien à l'Islam et aux Musulmans », affilié à « Al-Qaïda », en coordination avec le « Front de Libération de l'Azawad », un groupe séparatiste cherchant à établir un État touareg dans le nord du pays.

 

 

Le projet des séparatistes est clair, mais la question pressante concerne l'avenir du Mali si des combattants liés à al-Qaïda renversent le régime militaire en place: suivront-ils les pas des Talibans en Afghanistan ou prendront-ils le chemin de l'« Organisation de libération du Sham » en Syrie? Actuellement, les assaillants avancent au Mali en prenant une base militaire près de la frontière algérienne, après la chute de la ville de Kidal aux mains des séparatistes et les coups subis par les forces gouvernementales malgré le soutien du « Corps Africain » russe.


Les deux groupes, malgré leurs différences idéologiques, ont montré une capacité à coordonner et à surmonter le défi des vastes territoires. Le groupe « Soutien à l'Islam et aux Musulmans », en particulier, a démontré une détermination à maintenir la pression militaire, qui doit être prise au sérieux par ses voisins immédiats, dont deux pays du Maghreb, l'Algérie et la Mauritanie.

Préoccupation croissante

Ces deux nations craignent un afflux de réfugiés et de personnes déplacées à travers leurs longues frontières avec le Mali. Les problèmes de sécurité aux frontières ont été parmi les facteurs contribuant aux tensions entre la Mauritanie et le Mali depuis 2024.

Les pays du Maghreb non frontaliers sont également préoccupés par un éventuel afflux de migrants irréguliers via les frontières algériennes ou mauritaniennes.

 

 

Mais la plus grande menace perçue par les pays du Maghreb est la possibilité que les extrémistes du groupe « Soutien à l'Islam et aux Musulmans » puissent imiter les Talibans en Afghanistan en exploitant tout vide sécuritaire pour imposer leur extrémisme religieux au Mali, transformant les zones sous leur contrôle en un foyer de terrorisme, de contrebande et de criminalité transfrontalière, ravivant ainsi une menace terroriste qui a été largement contenue ces dernières années. L'extrémisme idéologique du groupe « Soutien à l'Islam et aux Musulmans » exacerbe ces craintes, car ils ont confirmé leur intention d'imposer leur interprétation de la charia.

 

Optimisme?

Le « scénario syrien » semble éloigné au Mali, car cette organisation n'a montré aucune révision de son approche stricte de l'application de la charia ni même aucune volonté d'abandonner l'extorsion et les enlèvements comme moyen de financement. Il est peu probable que ses relations pragmatiques avec les séparatistes de l'Azawad adoucissent ses méthodes rigides. Bien que le « Front de Libération de l'Azawad » ait un passé séparatiste laïque, son alliance avec les djihadistes l'année dernière était fondée sur l'application de la charia dans les zones sous son contrôle. Peu d'analystes sont optimistes quant au fait que le contrôle de l'Azawad sur de vastes zones du nord du Mali créera une zone tampon empêchant la pénétration djihadiste vers le nord.

 

 

Compliquant les choses, la coordination entre les pays du Maghreb est difficile en raison de leurs politiques divergentes envers le Mali. Alors que le Maroc entretient de bonnes relations avec Bamako, les relations entre l'Algérie et les autorités maliennes sont marquées par une tension importante. Bien que le Maroc et l'Algérie aient émis des déclarations similaires condamnant les menaces de terrorisme et de séparatisme et soutenant l'intégrité territoriale du Mali, l'ombre du conflit du Sahara Occidental continue d'influencer leurs positions respectives envers Bamako, qui a récemment retiré sa reconnaissance du Polisario, s'alignant sur Rabat.

 

 

La scène est encore plus obscurcie par les doutes quant à la capacité de Moscou à protéger le régime de Bamako. Son « Corps Africain » a perdu une grande partie de sa crédibilité en raison de retraits répétés des combats, même si ceux-ci sont justifiés par son soutien à l'Ukraine et par la formation de rebelles.

 

 

Pendant ce temps, la marge de manœuvre de l'Occident semble limitée, même si Washington intensifie sa coopération militaire avec les pays du Maghreb pour empêcher la propagation de l'instabilité venant d'Afrique de l'Ouest et pour contenir la concurrence russe et chinoise.

 

 

Il est peu probable que la rivalité de pouvoir aide à résoudre les crises ouest-africaines, en l'absence de positions unifiées parmi les pays du Maghreb, malgré le fait que ce qui se passe en marge du désert fait partie de leur sécurité nationale.

 

Avertissement : Les opinions exprimées par les écrivains sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar.