La transformation dans le Golfe n'est plus seulement un passage d'une économie pétrolière à une économie post-pétrolière, mais une redéfinition radicale du travail lui-même : qui travaille, comment ils travaillent et dans quel but économique.
C'est un moment crucial où la relation entre l'État, le marché et les personnes est en train d'être redessinée. Au cœur de ce moment, deux modèles émergent qui ne rivalisent pas mais révèlent plutôt des chemins différents vers le même objectif : les Émirats Arabes Unis construisent une "plateforme mondiale de travail", tandis que l'Arabie Saoudite cherche à concevoir une "main-d'œuvre nationale"—les deux visant à bâtir une économie adaptée à l'ère post-pétrolière, basée sur un capital humain productif capable de rivaliser à l'échelle mondiale et de générer une valeur durable dans le cadre de la transition vers une économie numérique et de la connaissance.
Aux Émirats Arabes Unis, la restructuration du marché du travail n'est pas seulement menée par des décisions administratives mais aussi par son réaménagement en tant qu'infrastructure économique indépendante.
L'État, qui vise à doubler la contribution de l'économie numérique à son PIB de 9,7 à 19,4 % au cours d'une décennie, ne cherche pas seulement de nouveaux emplois mais aussi de nouveaux modèles de travail. Ainsi, il étend les systèmes de résidence flexible, de freelance et de télétravail, et introduit une diversité sans précédent dans les permis de travail : 13 types qui reflètent la déconstruction du modèle traditionnel d'emploi fixe.
Ce n'est pas un détail technique mais un changement de philosophie économique : d'un marché qui importe de la main-d'œuvre à une plateforme qui attire les talents, et d'une économie dépendante du lieu géographique à une qui parie sur la capacité d'attirer un capital humain transfrontalier.
Dans ce contexte, l'intelligence artificielle ne devient pas un secteur supplémentaire mais un moteur de la restructuration de tout le marché, avec des estimations selon lesquelles sa contribution pourrait atteindre environ 14 % du PIB d'ici 2030, aux côtés de gains régionaux estimés à 320 milliards de dollars.
Pourtant, cette ouverture n'est pas sans ses limites propres.
Les Émirats Arabes Unis, qui ont réussi à devenir un aimant pour les professionnels mondiaux, se trouvent face à une équation délicate : comment maintenir leur attrait international sans marginaliser la présence de leurs citoyens dans le secteur privé ?
Ici, une approche double apparaît clairement—une ouverture maximale au monde extérieur, contrastée par des tentatives graduelles pour renforcer la localisation à l'intérieur. Ce n'est pas un paradoxe, mais une gestion consciente de l'équilibre entre une économie mondiale et une société nationale.
En revanche, l'Arabie Saoudite adopte une approche plus directe.
La Saoudisation n'est plus seulement une politique d'emploi mais un projet pour réécrire le contrat social entre l'État, le citoyen et le marché. Les chiffres reflètent cette transformation : un taux de chômage global de 3,5 %, 7,2 % parmi les Saoudiens, et environ 2,5 millions de citoyens travaillant dans le secteur privé—des indicateurs qui étaient impossibles il y a quelques années.
Mais ces chiffres ne sont que la face visible d'un changement plus profond.
L'Arabie Saoudite ne cherche pas seulement à employer ses citoyens mais à redéfinir la demande de travail elle-même, augmentant les taux de localisation dans des secteurs tels que le marketing jusqu'à 60 %, étendant la localisation pour inclure des dizaines de professions et ciblant la création de plus de 340 000 nouveaux emplois—tous signes d'une transition de la gestion du chômage à la reconstruction du marché.
La transformation ne réside pas uniquement dans les lois mais dans des investissements intenses des secteurs public et privé dans les compétences. Ainsi, l'expansion des programmes de formation et de soutien—qui ont contribué à l'emploi de plus de 562 000 citoyens en un an et atteint des millions de bénéficiaires—n'était pas un détail supplémentaire mais une condition du succès global du projet. Au cœur de cela, la Saoudisation n'est pas une politique d'emploi mais une politique de construction d'une nouvelle personne économique.
En conclusion, ce qui se passe dans le Golfe n'est pas une réforme du marché du travail mais une redéfinition du rôle humain dans l'économie. Entre le modèle de "plateforme ouverte" et le modèle de "l'État national", les politiques ne visent pas tant à promouvoir l'emploi qu'à refaçonner la relation entre le travail et la valeur.
Dans cette bataille silencieuse, la question n'est plus de fournir des emplois, mais de pouvoir les redéfinir.