Une attaque qui teste la nouvelle Syrie

Opinion 14-04-2026 | 16:28

Une attaque qui teste la nouvelle Syrie

L'assaut contre la mission des Émirats arabes unis à Damas révèle le véritable défi des dirigeants syriens : prouver qu'ils peuvent protéger leur souveraineté, restaurer les liens arabes et passer de l'instabilité à l'état de droit.
Une attaque qui teste la nouvelle Syrie
Les drapeaux des Émirats arabes unis et de la Syrie.
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Par Mohammed Faisal Aldossary

 

Ce qui s'est passé ne sert pas les intérêts propres de la Syrie. Un État cherchant à sortir de l'isolement, à reconstruire la confiance avec son environnement arabe et à attirer le soutien et les investissements ne peut se permettre d'apparaître incapable de protéger une mission appartenant à un pays arabe choisi pour le soutenir à ce stade. Dans ce contexte, l'attaque n'est plus seulement une brèche sécuritaire mais un indicateur négatif de l'ampleur du défi auquel Damas est confronté pour consolider cette direction.

 

 

Une tentative de brouiller les lignes


L'équité exige de distinguer entre deux questions. Il y a une véritable sympathie populaire syrienne pour la cause palestinienne, qui n'a besoin d'aucune explication ou exagération. Dans le même temps, il y a ceux qui cherchent à exploiter ce climat pour brouiller les lignes et en faire une plateforme pour cibler les Émirats arabes unis et saper tout chemin arabe pouvant rétablir la stabilité de la Syrie et ouvrir la porte au développement et à la prospérité. Cette confusion est le véritable danger. Elle ne défend pas une juste cause mais l'utilise comme un prétexte pour ramener la Syrie dans des agendas transfrontaliers qui ont déjà coûté cher au pays.

 

Sous cet angle, les émeutes, les tentatives de vandalisme et l'attaque contre la mission émiratie à Damas ne devraient pas être considérées uniquement comme une offense contre les Émirats arabes unis, mais comme une attaque contre une trajectoire plus large à travers laquelle la Syrie tente de retrouver sa position arabe. La relation avec Abou Dhabi n'est pas simplement une affaire bilatérale. C'est un portail vers une sphère arabe et internationale plus large, compte tenu du poids politique et économique des Émirats, ainsi que de sa présence institutionnelle et d'investissement à travers les régions. À ce stade, les Émirats apparaissent comme un pilier arabe essentiel pour Damas, non parce qu'ils réagissent aux événements de manière temporaire, mais parce qu'ils voient la stabilité de la Syrie comme un intérêt arabe et sa réintégration dans son environnement naturel comme une nécessité politique, économique et sécuritaire.

 

 

Un message politique

 

L'appel téléphonique entre Son Altesse Sheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan et le président syrien Ahmed al Sharaa après l'incident était en soi un message politique. Il a confirmé que la relation entre les deux pays est plus vaste que toute tentative de groupes indisciplinés ou d'agendas cherchant à perturber cette phase. Cependant, l'importance de cette communication va au-delà de la simple gestion de l'incident. Elle est liée à la protection de la trajectoire elle-même. Ce qui est requis de la nouvelle Syrie ce n'est pas seulement la condamnation, mais la preuve que cette voie orientée vers l'arabité et le développement dont elle parle peut s'auto-protéger sur le terrain, et que l'État est capable de contrôler son espace public et d'empêcher que la rue ou des slogans ne soient utilisés comme outils pour nuire à ses relations arabes et à ses intérêts économiques.

 

La nouvelle Syrie ne fait pas uniquement face au défi de la reconstruction et de la construction institutionnelle. Elle fait également face au défi de protéger son choix politique des forces qui ne veulent pas qu'elle sorte du cycle des crises. Il y a ceux qui n'accueillent pas favorablement le rétablissement des liens de Damas avec les États arabes, l'abandon de la politique des axes, ou la transformation en un État qui recherche la stabilité au lieu d'investir dans le chaos.

 

Pour cette raison, l'attaque contre la mission émiratie doit être comprise dans sa véritable ampleur. C'est un test précoce de ce que signifie la condition d'État dans la nouvelle Syrie. Si Damas veut vraiment convaincre ses habitants comme le monde extérieur qu'elle est entrée dans une phase différente, elle doit le démontrer clairement, non seulement en défense des missions diplomatiques, mais en défense de l'idée même de la Syrie et de son droit à passer d'une ère de désordre à une ère d'État.

 

 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar.

L'attaque contre la mission diplomatique émiratie à Damas place la nouvelle Syrie à un moment critique de son chemin vers la construction d'un État national. Protéger les missions diplomatiques n'est pas une simple formalité. C'est central à l'autorité de l'État, à sa capacité à imposer la sécurité et à sauvegarder ses relations étrangères. Cette attaque est survenue à un moment où l'État syrien tente de projeter une image différente après des années de chaos et d'alignement avec le projet iranien.