Entre Trump et Téhéran : le rôle controversé de l'Europe dans un conflit mondial
Cette semaine, le prestigieux magazine britannique "The Economist" illustre sa couverture avec une image du président américain Donald Trump, tandis que le président chinois Xi Jinping apparaît en arrière-plan, accompagnée de l’adage bien connu : « Ne jamais interrompre son ennemi lorsqu’il fait une erreur. »
Ce n’est évidemment pas la première couverture critiquant la guerre de Trump contre le régime iranien, ni la dernière dans la vaste campagne médiatique menée par la presse européenne, de plus en plus orientée vers la gauche socia-démocrate. Une large partie de cette presse, fondamentalement libérale et pro-marchés, soutient pourtant des positions cohérentes avec ses principes économiques. Le "Financial Times" suit également cette ligne, tout comme plusieurs médias en France, Allemagne et Espagne.
« Oxygène » pour l’Iran
Dans les faits, c’est l’Europe occidentale qui se positionne fermement contre Trump, ce qui relève de son droit naturel. Mais paradoxalement, elle fournit ainsi de l’« oxygène » au régime iranien.
Ce paradoxe soulève une question : qu’est-ce qui représente le plus grand danger pour les relations internationales – Trump, qui ignore depuis longtemps les cadres traditionnels reconnus en Occident, ou le régime iranien, qui constitue une menace existentielle pour ses voisins arabes, pour Israël, et bientôt pour l’Europe, si rien n’est fait pour l’arrêter, voire le renverser ?
Le droit de l’Orient arabe à questionner l’Europe
Le Moyen-Orient arabe, premier à subir depuis plus de quarante ans les politiques agressives de l’Iran, a le droit de s’interroger sur les choix de l’Europe occidentale, dont la plupart des membres appartiennent à l’OTAN. Ces politiques européennes parlent d’une guerre violant le droit international, tout en étant pleinement conscientes que le régime iranien incarne l’illégalité, tant intérieurement qu’à l’échelle mondiale.
L’apogée de l’alignement
Ces pays se contentent de condamner les attaques iraniennes contre les pays du Golfe et la Jordanie, tout en défendant simultanément les intérêts du régime de Téhéran, par exemple en fermant leur espace aérien aux forces américaines se dirigeant vers la région pour combattre l’Iran.
C’est là l’apogée d’un alignement qui protège le régime iranien, capable aujourd’hui de bombarder sans retenue les pays du Golfe et de fermer de force le détroit d’Hormuz, en violation du droit international. L’Europe occidentale, menée par des gouvernements de gauche ou centre-gauche, n’offre aucun plan viable pour la région.
Un soutien biaisé au régime iranien
Ces gouvernements adoptent une posture largement favorable à Téhéran, sous couvert de rhétorique sur le droit international, alors que le régime iranien – qui n’a pas hésité à tuer plus de 30 000 de ses citoyens dans les rues plus tôt cette année – est l’antithèse des principes sur lesquels s’appuient les grandes nations européennes. Ils agissent pourtant pour protéger le régime d’un effondrement potentiel provoqué par les États-Unis, gaspillant ainsi une occasion historique de libérer des millions d’Iraniens de la prison dans laquelle ils sont enfermés depuis 1979.
La perception arabe
Il ne s’agit pas de défendre Trump ou Israël, mais de refléter le sentiment de millions d’Arabes qui, au fil de ce conflit, ont compris la stratégie iranienne : défendre le régime en faisant pression sur les pays arabes par l’agression et tenter de détruire les voies de développement arabes, plongeant toute la région dans la pauvreté, le retard et le chaos.
Ainsi, la position de plusieurs gouvernements européens, telle que reflétée dans certains médias prestigieux, est perçue très négativement par des millions de citoyens arabes, surtout en ces temps où le régime iranien représente une menace existentielle. Après la guerre, il est possible que ces dirigeants européens entendent des voix différentes, conduisant à une réévaluation profonde des relations, notamment économiques et financières.
Intérêts stratégiques globaux
La poursuite de la campagne militaire contre l’Iran représente un intérêt vital pour le peuple iranien, ainsi qu’une nécessité politique et défensive pour les pays voisins, y compris Israël. C’est aussi un enjeu majeur pour l’Europe et les États-Unis dans la compétition stratégique mondiale avec la Chine, qui, comme le souligne "The Economist", observe avec satisfaction les erreurs américaines. Ce que le magazine britannique ne mentionne pas, cependant, c’est le plaisir chinois face à la complicité européenne dans le soutien au régime iranien : sa survie favorise l’essor du géant chinois ambitieux, prêt à défier l’Occident, y compris l’Europe elle-même.