De l'isolement à l'engagement : l'embrassade calculée de l'Europe envers Al-Sharaa

Opinion 02-04-2026 | 12:15

De l'isolement à l'engagement : l'embrassade calculée de l'Europe envers Al-Sharaa

Les capitales européennes ont compris que sans la transformation menée par Al-Sharaa, la Syrie aujourd'hui serait un front combattant aux côtés de l'Iran, sous la direction des conseillers des Gardiens de la révolution iranienne...
De l'isolement à l'engagement : l'embrassade calculée de l'Europe envers Al-Sharaa
Le Chancellier Allemand (droite) et le Président Syrien tiennent une conférence de presse suite de leurs discussions à la chancellerie de Berlin le 30 mars 2026 (AFP).
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Il y a un an et demi, aucun expert en Moyen-Orient ne pouvait imaginer que le Président de la Syrie puisse visiter Londres et Berlin sur invitation officielle. Le régime de Bachar al-Assad souffrait d'une rupture complète avec tous les pays européens, et son président était devenu une figure indésirable. Il y a un an et demi, il aurait été impensable pour un spécialiste de la Syrie de prévoir qu'un nouveau président avec un passé « djihadiste » soit accueilli par le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer.

 

Quelques jours après l'arrivée d'Al-Sharaa à Damas, quelques heures après qu'Assad ait fui à Moscou, des diplomates européens et américains se sont précipités pour le rencontrer, jauger son caractère et explorer les formes de soutien qui semblaient inconditionnelles. Les drapeaux ont été levés sur les ambassades occidentales les unes après les autres, signalant un soutien total aux changements en Syrie et au maintien des conditions qui ont permis sa persistance.

 

 

Mots de reproche, colère et compréhension

 

Les capitales occidentales ont suivi de près les faux pas du régime syrien lors d'incidents internes violents et douloureux. Elles ont tardé à appliquer leurs pressions habituelles sur ces questions, et parfois même les ont dissimulées. Le langage diplomatique combinait des éléments de reproche, de colère et de compréhension. Le président américain Donald Trump a accueilli Al-Sharaa à la Maison-Blanche quelques mois après que le président français Emmanuel Macron l'ait reçu au Palais de l'Élysée. Les sanctions du Caesar Act ont été levées. La Syrie est revenue dans le système international, mais l'élan, qui avait atteint son apogée, n'était plus suffisant pour sortir la Syrie de son bourbier.

 

Ces capitales ont compris que sans la transformation menée par Al-Sharaa, la Syrie aujourd'hui serait un front de combat aux côtés de l'Iran, sous la direction des conseillers des Gardiens de la révolution iraniens, des milices Fatimid et Zainabi, et d'autres groupes fidèles au Guide suprême iranien. Elles ont aussi compris que depuis le début de la guerre actuelle, Damas avait déployé des forces le long de sa frontière orientale avec l'Irak et de sa frontière occidentale avec le Liban pour empêcher le conflit de se propager sur le territoire syrien. Elles savaient également que cet effort militaire et sécuritaire pour protéger les frontières était mis à l'épreuve par des pressions internes, alors que le pays était confronté à une crise économique que l'élan international ne pouvait pas soulager.

 

 

Le soutien cordial d'un ami et allié

Lors de sa visite à Berlin et Londres, Al-Sharaa a découvert l'engagement de l'Europe à continuer de soutenir l'expérience syrienne. L'opinion de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne sur la transformation syrienne demeurait inchangée : elle est perçue comme un intérêt sécuritaire stratégique pour le continent et un portail nécessaire pour résoudre la crise des réfugiés syriens. En même temps, le président syrien a compris que ces deux pays, et l'Occident derrière eux, s'attendent ouvertement—mais toujours dans l'esprit d'amitié et d'alliance—à ce que la nouvelle Syrie adopte des principes progressistes, construisant un État moderne fondé sur la justice et l'État de droit, préservant la stabilité sociale et les droits des minorités, et offrant un environnement juridique propice à l'investissement étranger.

 

Il semblait que des discussions internes au sein de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne exigeaient des comptes sur les conditions de soutien à la Syrie. Les rapports émanant de Londres et Berlin lors de la visite du président syrien reflétaient un sentiment général appelant Al-Sharaa à introduire des changements dans la structure de l'État, sa constitution, ses processus politiques et ses lois—mesures qui supprimeraient toute hésitation ou doute et encourageraient les programmes financiers pour la reconstruction de la Syrie. La visite d'Al-Sharaa avait été précédée de nouveaux troubles sectaires et d'un rapport de l'ONU sur les responsabilités des événements à Suwayda. Cependant, les circonstances suggéraient que le monde, tant proche que lointain, était désormais attentif à la Syrie, et Damas pouvait entendre les messages clairement.

 

L'Europe a besoin d'une Syrie forte pour maintenir le nouvel équilibre créé par l'éviction de l'Iran de l'équation du corridor Téhéran-Beyrouth. Elle a besoin de la sécurité en Syrie pour prévenir les vagues de terrorisme que l'Europe a connues par le passé. L'Europe, en particulier l'Allemagne, souhaite que les réfugiés syriens—ou la plupart d'entre eux—retournent dans leur pays.

 

Cependant, Damas, Berlin et Londres comprennent que le retour des réfugiés nécessite sécurité, stabilité et des infrastructures adéquates. Parallèlement, les plans européens pour financer cet effort exigent encore des réponses urgentes de la part de la Syrie, mais Damas répond avec une grande indécision et ambiguïté.

 

On ne sait pas ce qu'Al-Sharaa a entendu en coulisses, mais il a écouté attentivement et est venu à voir le monde sous un nouveau jour : la révolution et son élan étaient terminés, et l'ère de l'État et de ses principes a commencé.

 

 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar.


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